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Un ancien bagnard à Prégilbert

Le classement et la description des archives centenaires déposées par la commune de Prégilbert en 2010 a mis au jour un document exceptionnel qui jette une lumière inattendue sur la vie de Nicolas Guilly, condamné deux cents ans plus tôt à 12 ans de bagne.

La surveillance des anciens forçats, vus comme dangereux même après qu'ils ont purgé leur peine, préoccupe les autorités, qui les gardent à l’œil dès leur libération.

Quand Nicolas Guilly, au terme de sa peine de fer, est libéré du bagne de l'arsenal de Toulon le 18 octobre 1822, le commissaire de la Marine préposé à l'administration et à la police de l'établissement rédige deux documents : une feuille de route et un congé de forçat.

La feuille de route lui est remise en mains propres, en même temps que quelques effets (chapeau, chemise, gilet, pantalon et souliers) et un petit pécule : à chaque étape, il est tenu de la présenter aux autorités locales pour la faire viser ; lui est alors délivrée une somme d'argent pour se rendre à l'étape suivante, qu'il est contraint de gagner.

Le congé de forçat est quant à lui envoyé au maire de la localité où le détenu a déclaré vouloir résider : il lui est remis en échange de sa feuille de route. En cas de non-présentation, le maire est chargé d'alerter les autorités préfectorales.

Ce document permet de mieux connaître l'intéressé, son apparence physique, son état civil, mais aussi les raison, durée et lieu de son incarcération, ainsi que la date de sa libération. En le confrontant à d'autres sources (registres paroissiaux puis de l'état civil, minutes de la Cour de justice), c'est son parcours qu'il est possible de retracer.

Né en 1783 à Prégilbert, Nicolas Guilly, tonnelier, est père d'une petite fille d'un an quand il est condamné le 15 octobre 1810 par la Cour de justice de l’Yonne – ancêtre de la Cour d’Assises – à 12 ans de travaux forcés pour vol avec effraction dans une propriété privée. Dès le 24 octobre suivant, il quitte Auxerre pour purger sa peine au bagne de Toulon, où il est probable qu'on met à contribution son savoir-faire pour travailler à l'arsenal. À sa libération, il retourne s'établir à Prégilbert avec son épouse, Marie Ballet, sa fille et son gendre. À la mort de Marie, en 1845, on perd sa trace : on sait simplement qu'il décède, manifestement indigent, à l'hospice civil de Melun en 1848.

Le congé de forçat doit théoriquement être conservé par l'ancien détenu, qui a défense de déménager sans en avertir les autorités : Nicolas Guilly a-t-il quitté Prégilbert en laissant sur place des papiers personnels, récupérés par le maire et conservés en mairie avant d'être déposé aux archives départementales, en même temps que les documents centenaires déposés en 2010 ? Quoi qu'il en soit, ce dépôt réglementaire a permis de conserver trace de cette vie singulière.

Congé de forçat accordé à Nicolas Guilly (1822)

archives déposées de la commune de Prégilbert, arch. dép. Yonne, E-dépôt 314/2 J 3

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