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L'Yonne sous les eaux

En janvier 1910, le département de l'Yonne subit de grandes inondations. Les communes traversées par l'Yonne, l'Armançon ou encore le Serein luttent contre l'eau. Durant cette période difficile, les journaux locaux informent la population icaunaise sur les différents désastres : ainsi, L' Indépendant auxerrois , dont les archives départementales conservent une collection complète pour l'année 1910, commence à informer ses lecteurs à partir du 19 janvier.

"La pluie qui ne cesse de tomber depuis plusieurs jours a causé une crue assez sensible de l'Yonne et de l'Armançon.

Un grand nombre de vallées sont inondées ; à Champignelles, par suite des pluies torrentielles de la nuit dernière et de la journée, les égouts ne suffisent pas, et les rues sont transformées en ruisseau.

À Toucy, tout le quartier du haut à été inondé par l'eau provenant des montagnes."

Le jeudi 20 le journal rapporte l'avis pris par la municipalité d'Auxerre :

"À Auxerre, le maire, par le tambour de ville, a fait connaître à la population l'avis ci-après :

En raison de la crue exceptionnelle, l'usine du Bâtardeau est inondée et les machines élévatoires ne fonctionnent plus. Les habitants sont priés de restreindre le plus possible leur consommation d'eau. Le réservoir de Vallan ne cessera pas de fonctionner. Le réservoir des Moreaux sera fermé de 9 heures à 11 heures du matin, de 1 heure à 5 heures du soir et de 10 heures du soir à 5 heures du matin."

Ce jour-là, à Auxerre, "à 9 heures du matin la crue atteignait la cote des inondations dangereuses. Tout le chemin du halage était submergé."

Vendredi 21 :

"À la dernière heure, nous apprenons qu'un désastre épouvantable est à craindre pour les communes de Champs, Escolives et Vincelles.

À Ancy-le-Franc, le canal [de Bourgogne] et la rivière [Armançon], parallèles sur une certaine longueur, ne forment plus qu'un."

"À Bessy-sur-Cure la crue de la Cure envahit le pays ; les caves, les maisons, tout est inondé."

"L'eau a pris son cours dans la rue de Bessy, entrant chez l'habitant."

"À Précy-sur-Vrin, la rivière Vrin est sortie de son lit ; une grande partie de la plaine est inondée."

"La rivière le Cousin à Avallon est un torrent charriant dans ses flots des épaves de toutes sortes, ne cessant de grossir, montant, montant toujours, débordant partout, obstruant les routes, dévastant les jardins, brisant les arbres"

Vendredi 22 :

"La crue a atteint 3,80 m."

"L'année 1910 débute par une inondation comme la génération actuelle n'en aura pas encore vue de semblable. À l'heure où nous écrivons ces lignes, la vallée de l'Yonne est sous l'eau, également celles de la Cure, du Serein et de l'Armançon. Des cours d'eau de moindre importance, comme l'Ouanne, le Tholon, le Vrin, de simples rus comme ceux de Baulche, de Sinotte, sont sortis de leur lit, inondant leurs rives, transformant en lacs immenses des prés encore verdoyants, des champs de blé, bref, des milliers et des milliers d'hectares. Des villages bordant ces cours d'eau sont séparés du reste du monde."

"À Toucy, la crue devient dangereuse. Vers 2 heures de l'après-midi l'eau arrivant avec fracas rompit la ligne du chemin de fer de Toucy-Joigny, à l'endroit appelé le Pâtis, s'étendit rapidement et envahit les maisons situées faubourg d'Orléans, où plusieurs d'entre elles, à l'heure où sont écrites ces lignes, ont plus d'un mètre d'eau."

Les titres du 23 sont alarmistes :

"Les inondations. Dans la vallée de l'Yonne - Après les rivières, les sources. Neige et pluie."

"Au Val-de-Mercy, le ru de Genotte d'habitude si tranquille, voir même à sec de six à huit mois de l'année, recouvre une largeur de plus de 100 mètres dans les prés de Vaux-Bounon. Toutes les maisons de la rue du ru sont plus ou moins inondées."

Le 25 :

"Crues nouvelles de nos rivières. Les ruisseaux grossis par les sources débordent."

Le 26 :

"Le danger de nouvelles inondations semble écarté ; nos rivières, nos ruisseaux rentrent dans leurs lits."

"Les inondations. Ouvrons une souscription départementale en faveur des sinistrés"

À partir de mi-février, le journal ne donne que des informations sur le secours aux inondés.

Résultat d'événements météorologiques calamiteux, la crue de janvier 1910, qui touche aussi Paris en aval, mais aussi Lyon (27 janvier, pendant 5 jours), est considérée comme l'une des plus grandes inondations du XXe siècle.

Elle a laissé des traces dans les archives : les éditeurs de cartes postales en profitent pour fournir bon nombre de vues de villes longeant de l'Yonne, l'Armançon et autres rivières ; certaines de ces cartes sont aujourd'hui conservées aux archives départementales.

Des photographies, elles aussi conservés à Auxerre, se trouvent également en série Fi ; dans les dernières acquisitions du service figurent deux photographies prises du toit de la cathédrale et montrant les rives de l'Yonne.

Documents sélectionnés et présentés par Jean-Luc Perchiot

Vues de la crue de l'Yonne depuis la cathédrale d'Auxerre, 1910.

Arch. dép. Yonne, 24 Fi 2 et 3.

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